En guerre pour l’égalité des Ultras-marins, le collectif des Antillais, Guyanais et Réunionais (Collectifdom) se
retrouve la cible des historiens qui réclament l’abrogation de toutes les lois
mémorielles et n’hésite pas à se montrer avec Nicolas Sarkozy. Patrick Karam, son président, s’explique avec France-Antilles.
INTERVIEW. Patrick Karam,
président du collectif des Antillais, Guyanais et Réunionnais
« Nous sommes le parti de
l’outre-mer. »
France-Antilles :
Décembre a mis le Collectifdom au centre de la scène
nationale…
Patrick Karam :
Les thèmes antillais ont occupé la scène médiatico-politique
nationale, voire internationale. Le livre de Claude Ribbe,
responsable de notre commission culture a permis de remettre les pendules à
l’heure sur Napoléon et de rappeler à
Et
après Napoléon, la colonisation ?
Dès la mi-novembre, nous faisions
connaître notre soutien à Victorin Lurel, qui déposait une proposition de loi pour demander
l’abrogation de l’article 4 de la loi du 23 février 2005 sur la colonisation
positive. Nous avions noté que cette loi s’adressait essentiellement aux
rapatriés d’Algérie, du Maroc et de Tunisie mais le mot outre-mer contenu dans cet article pouvait prêter à confusion
et se rapporter à l’outre-mer français et à l’esclavage. Et le risque était
grand de confondre colonisation et esclavage. La mobilisation en outre-mer a
marqué de ce point de vue les esprits.
Pourquoi
alors avoir renoncé à demander l’abrogation de la loi et demandé qu’il ne
concerne pas les départements français d’outre-mer ?
Nous sommes les premiers à avoir
mélangé la loi du 23 février et Napoléon pour illustrer de ce que pouvait être
une histoire officielle. Mais très vite, nous nous sommes aperçus que la
confusion entre esclavage et colonisation allait être instrumentalisée par ceux
qui voulait affaiblir la loi Taubira. Si l’on fait la
confusion entre colonisation et esclavage, on remet en question indirectement
la loi Taubira. La colonisation n’est pas
l’esclavage. L’esclavage est un crime contre l’humanité et on ne peut laisser
discourir dessus, ni attendre que la commission Débré
se prononce. Nous avons plaidé face à Nicolas Sarkozy pour que cette loi soit
clarifiée et que l’on indique clairement qu’elle ne concerne pas l’outre-mer français
et donc l’esclavage. Il a compris notre inquiétude et y a répondu
favorablement.
Vous
avez déclenché la panique chez les historiens…
Au printemps dernier, le Collectifdom a engagé des poursuites contre Olivier Pétré-Grenouilleau, un universitaire de Lorient, pour des
propos tenus dans le JDD, dans
lesquels il remettait en cause la loi Taubira. Il
fallait marquer un coup d’arrêt, signifier que cette loi était importante et
que l’on ne pouvait plus se permettre de remettre en question la notion de
crime contre l’humanité.
Et
les historiens ont demandé l’abrogation de toutes les lois mémorielles…
Une pétition des 19 historiens les plus
réputés de France demande l'abrogation de la loi du 23 février et celle des
trois lois sur
Le
Maire de Saint-Anne en Martinique, Garcin Malsa vous a violemment pris à partie et a dénoncé votre
position sur la loi du 23 février…
On l’a aussi entendu comparer Sarkozy à
le Pen et dans les médias nationaux dire qu’il lui
réservait un accueil spécial. Attention à ne pas faire passer les Antillais
pour des fascistes. Oui, l’émotion aux Antilles était légitime : le maire
de Fort-de-France, comme le président de la région Martinique ont eu une
réaction et une communication intelligente et républicaine en indiquant qu’il
ne s’agissait pas d’empêcher la venue d’un ministre de
M.
Malsa vous reproche surtout votre proximité avec
Nicolas Sarkozy.
Garcin Malsa
n’est pas à une manipulation près comme lorsqu’il prétend que le mot racaille
désignait les Antillais, alors que Sarkozy visait les délinquants. Notre étroite collaboration avec
Nicolas Sarkozy ne nous a pas empêché de publier un rapport sévère et de faire
une conférence de presse sur les violences policières, en octobre à l’Assemblée
nationale avec Victorin Lurel,
député socialiste, Noël Mamère, député des Verts,
Christian Paul, ancien ministre socialiste de l’Outre-mer. De nouveau, fin
novembre, le Collectifdom a tenu une conférence de
presse avec Victorin Lurel
pour soutenir la proposition de loi abrogeant la loi sur la colonisation.
Est-ce là la marque de la subordination ou plutôt celle d’un positionnement qui
privilégie l’outre-mer en travaillant avec tous les partis politiques ?
Nous jugeons sur les actes et pas sur les bonnes paroles et avec Nicolas
Sarkozy, il y a un vrai changement par rapport à d’autres responsables
politiques : il tient parole et enfin nous avons des actes !
N’avez-vous
l’impression (Et c’est celle que donnait à penser Le Monde du 24 décembre à
votre sujet) qu’après sa volte-face antillaise, le ministre de l’Intérieur
pouvait se servir de vous pour redorer son blason aux Antilles ?
Nicolas Sarkozy n’a pas besoin de nous,
il a des élus UMP pour cela. Je vous rappelle que notre collaboration a
commencé bien avant son voyage reporté. Et depuis que nous avons repris langue
avec lui en mai 2005, nous n’avons qu’à nous en féliciter. Tous nos combats ont
subi un coup d’accélérateur, bien avant les événements des Antilles, sans qu’on
le mette sur la place publique. Outre les violences policières illégitimes,
Nicolas Sarkozy est intervenu directement sur le Forum pour l’emploi (en
faisant venir des entreprises), le Capès créole
auprès du ministre de l’Education nationale, sur les commémorations du général
Dumas, la visibilité des domiens auprès de France Télévisions, sur des
violences subies par un français d’origine africaine en Espagne. Il s’est
engagé sur la continuité territoriale numérique en finançant sur le budget de
l’Aménagement du territoire l’Internet haut débit. Et surtout, là où tous les
ministres avant lui avaient échoué, il obtient une mission interministérielle
pour faire la transparence sur les pratiques des compagnies aériennes, prélude
à une solution définitive.
Vous
vous placez au cas où en 2007…?
C’est un comble. Lorsque Nicolas
Sarkozy était intouchable dans les médias, il y a deux ans, le Collectifdom était la seule association à l’avoir mis sur
la sellette : manifestations devant le ministère de l’Intérieur, devant un
congrès de l’UMP, distributions de tracts, campagne
de presse, plusieurs dizaines d’interpellations par des parlementaires… Le Collectifdom est réellement apolitique et travaille avec
tous les partis républicains. Nous sommes proches de tous ceux qui nous
soutiennent et combattons ceux qui nous combattent. Prenez d’ailleurs Victorin Lurel, l’un des responsables politiques français les plus
prometteurs, qui est socialiste, il est de toutes nos actions.
Depuis trois ans, on m'a proposé d'être
candidat à différentes élections, proposé différents postes, y compris dans
différents partis politiques. J'ai refusé. J’ai aussi dû résister aux plus
fortes pressions, y compris politiques, à droite comme à gauche. Pour la
droite, on est à gauche et pour la gauche, on est à droite. En réalité, notre
parti, c’est l’outre-mer.
Propos recueillis par François-Xavier Guillerm
Exergues : « Il s’agit de ne
pas tronquer l’histoire de France. »
« Nous aimons
« Notre parti, c’est
l’outre-mer. »
Encadré
Une rue pour Gaston Monnerville, une
statue pour le général Dumas et des places éligibles à Paris
Le président de l’association des
Amis de Gaston Monnerville, Roger Lise, a écrit au président du collectif des
Antillais, Guyanais, Réunionnais : « Nous nous heurtons
inexplicablement à de mystérieux obstacles (...). Pour tourner ces difficultés,
il est temps d’emprunter d’autres méthodes sans doute plus musclées. Votre
Collectif dispose d’un savoir-faire que nous vous envions. Ce qui nous
détermine à réclamer votre aide. » Après les interventions du collectif,
la mairie de Paris fait une première proposition, rejetée par les Amis de
Gaston Monnerville parce qu’elle consiste à donner le nom de Gaston Monnerville
à un morceau de trottoir devant le Sénat. Puis le 20 décembre, le maire de
Paris écrit à Patrick Karam : « J’ai fait part à
mes interlocuteurs comme au président du Sénat de diverses propositions portant
sur de petites places devant le Sénat ou le Jardin Marco Polo. Celles-ci
n’ayant pu aboutir comme je le souhaitais, j’entends faire de nouvelles
propositions dans le secteur des jardins de l’Observatoire dans le prolongement
du Sénat. » Quant à la statue du général Dumas, abattue en 1940 par les
Allemands, le maire de Paris a indiqué par ce même courrier, que trois artistes
avaient été choisis pour faire des proposition à la direction des affaires
culturelles. « Ce dossier aboutira donc prochainement, conclut Bertrand
Delanoë, qui promet aussi des places d’ultra-marins
sur sa liste aux municipales.